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 n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka

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MessageSujet: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Mer 4 Juil - 14:09

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n'oublies pas de regarder vers l'horizon
leandra & warand
La nuit tombait. Je chevauchais toujours, moins vite, mais je chevauchais. Penchée sur l'encolure de la bête, je luttais pour ne pas céder à l'évanouissement, qui constamment tentait de m'attirer vers son confort. Je devais tenir, je devais me battre. Je me disais aussi que j'étais chanceuse. J'avais échappé à beaucoup, beaucoup en l'espace de quelques jours. Certes, j'avais aussi souffert. Le traitement que l'on m'infligeait n'était pas physique sinon moral. Je n'avais pas mangé à ma faim, mais je n'avais pas manqué de nourriture. Etait-ce du à l'action de Warand de mettre à feu et à sang toute l'île? Non, ça c'était mon action. Lui l'avait seulement affamée. Le cheval trébucha, reniflant brusquement, lui aussi fatigué par cette escapade. Je dus me cramponner pour ne pas tomber. Quelques heures avaient passé depuis le moment ou je m'étais échappée du camp adverse. J'aurais sans doute du m'assurer que je n'étais pas suivie, mais je ne pouvais en avoir la certitude. La douleur de ma jambe blessée m'aveuglait, et parfois, j'avais l'impression de délirer et d'entendre des voix proches de moi, toutes proches. Je n'aspirais qu'à une chose, un souhait fou, de voir le camp de la résistance, que Markus et Valenna et Warand avaient du installer. Etait-ce vraiment si fou? Se pouvait-il qu'ils l'aient en effet installé, dans les bois? Si oui, comment le trouverais-je? Je tentais de me redresser de l'encolure, mais mes membres tremblaient. Quelques heures avaient passées et j'étais encore semblait-il tétanisée.

Un coup d'oeil vers le ciel finit de me décourager. Le ciel s'assombrissait et se tentait d'orange, me rappelant instantanément les hommes de Cylas. Brûlés. Dévorés. L'un s'était fait déchiqueter sous mes yeux. Avais-je provoqué tout cela, même inconsciemment? Je soulevais manuellement ma jambe pour la replacer dans l'étrier, mais ce simple mouvement m'arracha une grimace. La flèche était plantée de part en part dans ma cuisse, le bout ressortant de l'autre côté. Ce n'était pas très joli. Je devais me dépêcher d'arriver au camp si je ne voulais pas mourir seule ici. Le cheval sembla être d'accord avec moi, et je crus qu'il accéléra un peu, m'obligeant à me cramponner encore plus fort. Encore quelques efforts. Quelques efforts et je reverrai tout le monde. Quelques efforts. Les mains moites de sang, la jambe ensanglantée, les cheveux presque brûlés collant à mon visage, je devais faire bien peur. Et puis soudainement, le cheval s'arrêta. Je me redressai, essayant de faire au plus vite pour ne pas perdre d'avance sur les opposants Raleigh qui me suivaient peut-être. Deux chemins s'ouvraient à moi. Je ne savais pas lequel suivre. Je connaissais cette forêt par coeur pourtant. A croire que les lieux changent si l'on est blessé. Claquant de la langue, je tordis les rênes, puis je donnais un coup de mon talon valide dans le flanc de la bête pour qu'elle avance du bon côté. Je priais aussi pour que cela soit la bonne. Mon étoile était-elle avec moi ce soir? Le cheval trottina le long d'une petit chemin de terre sèche, faisant claquer ses sabots sur le sol. La tête posée sur son encolure, ces bruits là me berçaient, et la douleur sourde de ma jambe me donnaient envie de dormir. Je fermais les yeux, une seconde, juste une seconde. Et je les rouvris brusquement.

Le cheval se trouvait près d'une clairière qu'il surmontait sur un petit chemin. L'endroit était caché par la crique de la plage juste derrière, plage facile à défendre et à garder, et devant, dissimulée car plus bas que toutes les collines de la forêt. Des barricades et une activité familière me firent sourire. Il sembla alors que les derniers pas furent les plus difficiles. Je n'eus pas besoin d'ordonner quoi que ce soit au cheval qui comprit de lui même. Prenant un chemin sûr, il descendit progressivement. En me voyant arriver, les villageois qui montaient la garde bandèrent leurs arcs. Relevant péniblement la tête, ils me reconnurent sembla-t-il. L'un se tourna vers son acolyte, puis lui dit quelques chose que je ne compris pas, avant de partir en courant. Les portes s'ouvrirent à moi, et le cheval n'attendit plus d'autres indications. J'avais réussi. Néanmoins, le temps n'était pas à la satisfaction. Je tentais de me redresser et pour cela je fis un mouvement incongru qui tendit le muscle de ma jambe. Cette fois, je criai, incapable de contenir plus longtemps la douleur qui m’assommait. Le monde tourna, tout devint flou, et il me sembla que je glissai de mon cheval. Du moins je ne m'en rendis compte qu'en heurtant le sol.
© Belzébuth

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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Ven 6 Juil - 14:06

Les troupes de Warand patientaient. Le camp fortifié installé dès que l’ambassade des Blackrain avait été acceptée par le Conseil justement en prévision de ce jour servait enfin. Gouverner, c’était prévoir, et de tous les membres du Conseil, Warand était le seul à avoir prévu ce scénario d’une invasion de l’île. Comme d’habitude, tous ces pitoyables collègues avaient préférés ne rien voir. Warand n’avait pourtant cessé de les prévenir que ce jour allait forcément arriver. Il était paradoxal que son adversaire le plus farouche était aussi la personne dont il était le plus proche. Sa femme, ne lui avait-il pas dit que l’on ne pouvait pas faire confiance aux continentaux ? Sa vision de la diplomatie entièrement sentimentale avait contribué à cette situation catastrophique. Elle en portait la responsabilité partagée avec tous les autres qui faisaient l’autruche en permanence. Le résultat de la manœuvre, comme toujours, était bien ironique. Finalement, à force d’éviter des guerres inévitables, on finit par causer plus de morts que prévu. Il maudissait sa femme de ne pas être resté la sage jeune fille qu’il avait épousé. A force de la pousser à devenir plus forte, il l’avait rendu simplement forte à lui résister mais pas à devenir plus forte dans sa réflexion. Dans sa belle tente de général, il était assis face à une carte de Sheheron. Assis dans un fauteuil, il continuait à pester contre sa femme. Pas tant contre l’aveuglement de cette dernière, mais surtout parce que la situation avait forcé Warand à l’abandonner à l’ennemi. Intérieurement, il s’en voulait. La décision était rationnelle, il faisait confiance à sa femme pour ne pas céder à la torture, elle savait mieux que personne que son secret pouvait entraîner un nombre incalculable de guerre et la fin du monde telle qu’il existait entre les mains d’un être tel que Cylas. La différence entre les deux hommes se situait sans doute ici. Warand ne souhaitait pas gouverner le monde, cela ne l’intéressait pas. Il souhaitait le pouvoir pur, le pouvoir absolu, posséder ce secret simplement pour posséder le secret, faire peur à tous, inspirer le respect lui importait plus que de soumettre. Il se battait pour Sheheron, et l’histoire venait de démontrer l’obsolescence de son système de Conseil. Les Raleigh, dirigé par un chef unique avait engagé une manœuvre cohérente, toute une chaine de commandement avait suivi, et cela donnait Cylas à la tête d’une armée et avec carte blanche pour conquérir cette île. Il détestait sa femme, il la vouait aux gémonies elle et ses manies à voir le bien partout. En même temps il ne supportait pas son absence. Il se leva de son fauteuil, devant pour la première fois lutter contre lui-même. Il marchait comme un tigre en cage, devant se battre pour ne pas envoyer toute son armée sur Par Volen maintenant dans le seul but de trouver sa femme. Une fois encore, l’ironie de la Providence s’abattait sur lui. Lui qui avait toujours été si puissant et intouchable, insensible et froid, il devait lutter contre le bouillonnement intérieur des forces contradictoires qui attaquaient la forteresse de son âme. Il devrait donc mener deux guerres, l’une contre Cylas et l’autre contre lui-même. Cette faiblesse l’insupportait. Il devait le reconnaître, son seul point faible était Léandra et même s’il avait eu la force de renoncer à elle dans sa fuite pour sauver l’île, était comme un chacal devant ronger sa patte coincée sous une pierre. D’autant plus qu’il devrait aussi réfléchir sur ce qu’il allait faire de Valenna et Markus. Il n’avait pas encore eu l’occasion d’avoir un entretient avec eux, souhaitant d’abord consulter ses lieutenants. Le prince détestait Warand, qui le lui rendait bien. Valenna ne l’avait jamais franchement apprécié. Elle indifférait Warand, il ne ressentait ni sympathie ni antipathie pour sa belle-sœur. Il s’était d’ailleurs abstenu lors du vote de son mariage. Ce tableau devenait de plus en plus absurde. Une guerre n’était pas une sortie entre couple. Il allait y avoir des morts, des Stakka pour la plus part puisqu’il constituait plus de 90% de l’armée. Il soupira et finit par se rasseoir face à sa grande carte et plongea son visage dans ses mains en soufflant. Il haussa les sourcils. Il fallait qu’il se calme, il devait se rappeler des enseignements de son père. Les sentiments mènent en enfer plus vite que la raison. Il fallait qu’il mobilise les forces de sa tête pour calmer celles de son âme. Il devait faire taire ce hurlement, le réduire à un murmure. Il fallait qu’il tue quelqu’un, cela le détendrait sans doute. L’un de ses lieutenants entra en catastrophe dans sa tente sans se faire annoncer. Il tenait son motif, il allait dégainer son épée pour le décapiter lorsqu’il lui annonça la nouvelle. Il eut l’impression qu’un bataillon de cavalerie lui était passé dessus. Léandra était ici. Elle était parvenue à s’échapper il se laisser littéralement retomber sur son siège et ne put se retenir de rire aux éclats. Ses nerfs venaient de lâcher, incrédule, son lieutenant resta là face à son chef hilare. Warand se reprit et souffla, cet espace de relâchement ne devrait plus se reproduire. Son Lieutenant lui annonça qu’elle était gravement blessée. Il n’eut pas le temps d’en dire plus que Warand était déjà hors de sa tente. Il courrait le plus vite possible vers l’entrée du camp. Il espérait qu’un des soldats avait eu la présence d’esprit d’appeler des guérisseurs. Il croisa un cortège au passage, des soldats tenant une sorte de civière faite de bois et de peaux. Il reconnut la chevelure blanche de Léandra. Il y avait du sang. Warand garda son calme, l’un des guérisseurs vint à sa rencontre

-Sa vie est-elle en danger?

Guérisseur : -Il est encore trop tôt pour le dire Warand, mais elle n’est pas condamnée.

-Bien, dès que possible elle ira loger dans ma tente !

Warand suivit le corps de sa femme jusqu’à la tente des médecins. Les guérisseurs s’afféraient autour d’elle. Malgré les paroles rassurantes de l’un d’entre eux, il ne pouvait pas s’empêcher d’être inquiet. Chevaucher au galop avec une flèche dans la cuisse et en ayant rien mangé était plus qu’une épreuve. Elle risquait bien de mourir. Elle allait peut être mourir, la raison de Warand devait se préparer à cette éventualité. Et si elle mourrait ? Il fallut patienter deux heures avant que l’on retire la flèche et que l’on stoppe la coulée de sang. Léandra fut transportée dans la tente de Warand. Les guérisseurs disaient que normalement, elle serait tirée d’affaire mais qu’il faudrait la surveiller. Il avait demandé qu’on ne le dérange pas. Il devait être aussi blême que le corps de sa femme. Le lit de camp était rudimentaire mais confortable. Et les peaux qui la recouvraient la tiendraient à bonne température. Il était assis au bord de son lit, il tenait sa main droite entre les siennes, les yeux fermés. Intérieurement, il suppliait la Providence de la tirer d’affaire. Il se soumettrait naturellement à sa volonté, comme à chaque fois, mais ce décret serait trop dur au final à supporter. Malgré leurs désaccords, malgré la violence de Warand et la naïveté de Léandra, il sentait qu’il vivait quelque chose qui pouvait devenir exceptionnel avec elle à ses côtés. Ce n’était pas qu’un mariage de raison, en tout cas cela ne l’était plus. Il ne se voyait pas vivre avec quelqu’un d’autre. Personne ne le supporterait comme elle le pouvait. L’inquiétude et l’angoisse se lisait sur son visage, à tel point qu’il commença à chuchoter sa prière comme s’il avait peur que la Providence ne l’entende pas.

-Providence, guide de mon âme et perfection créatrice de toute chose, Toi qui guida ma main en de nombreuses occasions et qui éclaira les ténèbres dans mon esprit mainte fois, daigne écouter ton misérable serviteur qui n’est rien face à toi. J’affronterais toutes les épreuves que tu placeras sur ma route jusqu’à ce que la mort me délivre et me permette de te louer éternellement mais, je t’en supplie, ne n’inflige pas la solitude du veuvage. Pitié, ne me la prend pas…Pitié…ne me la prend pas

Il regarda sa main droite, elle portait encore des cicatrices de la fois où il avait frappé dans le mur de ses appartements. Léandra l’avait soigné, il s’en souvenait parfaitement. Il continuait de tenir la main de sa femme, il l’observait. Et répétait inlassablement.

-Pitié, ne me la prend pas…

Tenant toujours la main de sa femme, il récita cette litanie encore une bonne dizaine de minute avant de s’endormir paisiblement, tenant fermement la main de sa femme

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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Ven 6 Juil - 18:18

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Le sol était dur, sec, mais je n'avais pas a force de me relever. Plus je m'étais approchée du camp, plus j'avais eu de mal à continuer. Lorsque j'avais l'impression que les ancêtres m'avaient abandonnée, je me rappelais que j'avais trouvé le campement, alors que l'emplacement m'était inconnu. Avais-je alors été guidée par les ancêtres, par la Providence, dont Warand parlait toujours? Devais-je cette rescousse à la simple action de la Providence? J'avais réellement été chanceuse, je devis l'avouer. Des bruits de pas précipités me parvinrent. Des gens s'agitaient. Je fus rapidement soulevée de terre, et posée sur un lit de branches de bois tenues entre elles. Je m'étais attendue à ce que la douleur me poignarde à nouveau, puisqu'elle ne m'avait jamais quitté, mais je me rendis compte que ma jambe était endolorie, comme endormie. Et je ne savais as si je devais bénir une telle sensation ou non. Des visages que je connaissais passaient au dessus de moi, inquiets, terrifiés, surpris, soulagés. Toutes les émotions passaient alors que je n'en éprouvais qu'une seule, au delà de la fatigue et de la douleur, le sentiment agréable d'être de retour chez moi.

On me porta jusqu'à une tente, et je fus posée sur un lit de fortune. Je m'aperçus que le souffle me manquait et que ma tête tournait. On me posa quelques questions, depuis quand j'étais comme ça, si je sentais quelque chose. Je tentais de répondre en hochant la tête, mais je n'y arrivais pas. Ma nuque était raide, mes muscles tendus. On déchira ma robe sans plus de sommations, la remontant jusqu'à l'aine. Je risquai un coup d'oeil. Le sang coulait, dégoulinant sur le cuir tanné du lit, le long de ma jambe, sur les mains du médecin. Je m'attendais presque à ce que ça soit Morrigan qui me soigne. Une main tâtonna la peau rougie par l'entrée de la flèche, m'arrachant un hurlement. Aussitôt, l'on me força à rester tranquille et je fus plaquée toute entière sur le lit. On me fit boire une étrange potion. Je commençais sérieusement à paniquer, surtout lorsque je croisais le regard de mes sauveurs. Reposant ma tête contre le petit oreiller, j'entrevis Warand, derrière, presque dans l'ombre. Sa présence me soulagea et me rassura d'une telle force que je m'en sentais engourdie. Je tendais ma main vers lui, mais les guérisseurs qui passaient sans cesse à mes côtés la poussèrent et elle retomba dans le vide. Je voyais les guérisseurs s'affairer, passer en regardant a plaie avec effroi. Mon coeur fit un bon dans ma poitrine. La situation était-elle si grave que ça? Allais-je remarcher? Allais-je seulement m'en sortir? Je n'avais plus la force de crier, et pourtant, un hurlement trouva son chemin le long de ma gorge lorsque l'opération proprement dite démarra. J'avais l'impression qu'on me découpait la chair avec un couteau, et ce n'était pas impossible que ça soit le cas. J'étais maintenus en place par une guérisseuse, aux yeux si bleus que je m'y perdais pendant un moment. Chaque seconde passait, chaque mouvement de la lame, de la flèche faisait sa douloureuse office. Et j'avais mal, mal comme je n'avais jamais eu mal. Je ne sentis plus ma jambe, ou parfois simplement un membre inerte enflammé, incontrôlable. La dernière sensation que j'eus fut la longue descente, la lente agonie d'une goutte de sueur le long de mon front, cavalant sur mon nez, ma joue, puis dans mon cou. Un nouveau coup de couteau. Un cri qui ne ressemblait plus aux miens. Et je les ténèbres m'engloutirent.

J'ouvrais les yeux sur une sensation désagréable. Le goût amer du sang dans ma bouche me fit comprendre que j'avais du me mordre la lèvre. Une bougie brillait, sur une étagère non loin de moi. Sa lueur me brûla la rétine, et mes yeux se refermèrent aussitôt. Combien de temps s'était-il écoulé? Je voulus soulever le bras pour essuyer mon visage trempé de sueur et de sang, mais le bras gauche ne répondit pas, et le bras droit.. Je laissais ma tête tomber sur le côté, et j'ouvris les yeux, pour découvrir Warand. Ma main dans les siennes, il semblait s'être assoupi le long de mon lit de camp. Je ne pus m'empêcher de sourire. J'eus du mal à croire que le revoir me soulagerait autant. Je me rendis compte que nous avions été séparés longtemps, très longtemps, et que le revoir après tant de temps me réchauffait le coeur. Après tout, j'avais beau avoir vécu toutes sortes de choses sans lui, j'avais eu l'impression d'être d'une certaine façon restée connectée à lui. Après tout, il était mon passé, mon présent et mon futur. Nous étions liés plus que je l'avais pensé auparavant. Avant tout ceci. Je me souvins brusquement de la raison de ma venue ici. Retrouvant brusquement une force infime, de ma main libre, je repoussais les couvertures. Plus rien n'était visible de la plaie. Un large bandage blanc, épais, recouvrait une bonne partie de ma cuisse. Lentement, j'y appliquais une pression, et instantanément, la douleur se réveilla, comme un animal endormi que l'on taquine un peu trop. Je me rallongeai, non sans grimacer, et je tentais de me calmer. Mon agitation sembla réveiller mon époux, mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, je pris la parole. Warand je.. Ma voix s'enroua du à mon absence de paroles depuis un petit bout de temps. Combien de temps exactement? Depuis quand? Ai-je été suivie? Si le camp avait été attaqué, jamais je ne m'en remettrai. Me pardonnerait-il un jour? De ne pas avoir cru en lui, de l'avoir si ouvertement et puérilement défié?
© Belzébuth

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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Ven 6 Juil - 19:32

Warand dormait d’un sommeil tranquille. Même si elle était blessée, sa femme avait fini par lui revenir. La Providence l’avait secouru une fois encore. Pour la tranquillité de l’âme de Warand, il fallait qu’elle revienne. Dans ses rêves il la voyait parfois. C’était un songe étrange et rempli de nuances. Il plaçait Warand chez lui, dans une sorte de flou impalpable. Il faisait face à deux autres Warand. L’un semblait calme et tranquille, un sourire radieux sur son visage. Richement vêtu il ressemblait aux hommes de légendes les plus glorieux, amenant prospérité et paix sur son île. L’autre, était inexpressif, son regard froid et calculateur. Vêtu comme le Warand originel, il tenait une épée ensanglanté à la main. Son corps était couvert de sang, son odeur était celle des batailles et de la mort. Il tenait dans sa main libre des têtes de gardes continentaux tranchés. Ce songe lui avait toujours paru étrange, il le faisait en ce moment même. Il avait toujours pensé qu’il s’agissait d’un message de la Providence. Non une vision du futur ou du passé mais un message sur les choix que Warand devait faire dans sa vie. Un vieil homme aux traits de son père venait toujours s’interposer entre les deux Warand qui, au bout de quelques instants semblaient sur le point de se battre. Il comprenait à la lumière des dernières péripéties ce que signifiaient les deux Warand. L’un symbolisait Warand avec l’influence de Léandra et l’autre, ce qu’il adviendrait si elle mourrait. Bizarrement, l’un comme l’autre des Warand l’attiraient. Il comprenait finalement ce que la Providence lui disait sous les traits de son père. Il voyait où l’erreur l’avait conduite. Il avait besoin de Léandra car elle canalisait le Warand brutal, celui qui ne souhaitait que dominer par la mort et le sang. Cela dit, face à ses ennemis, il fallait que ce soit lui qui l’influence. Car s’il se laissait dominer par sa femme, il perdrait tout, y compris elle. Ce rêve était un appel à la raison et surtout à la modération. Il comprenait l’ensemble de son erreur vis-à-vis de Léandra. Il ne l’avait toujours considéré que comme un objet qui était censé lui apporter plus de pouvoir. Oui, elle était aussi cela, mais elle était devenue bien plus. Le chef des armées savait que si ses actions étaient toujours dirigées par la raison, ses buts ne l’étaient pas forcément. Elle tempérait sa mégalomanie. Voilà quelle était la cause de ses sentiments, voilà pourquoi la Providence lui faisait sentir à quel point son cœur pouvait chavirer rapidement, pourquoi sa puissance et sa résistance illimitée pouvait être limitées par elle. Ils se complétaient, Warand l’avait toujours su mais il comprenait à présent totalement ce que signifiaient ces mots. Cette épreuve lui faisait mieux comprendre son rôle dans ce mariage et également celui que Léandra devait jouer. Finalement, s’il existait une seule personne sur cette planète qui méritait d’être estimée du Chef de Guerre, c’était bien elle. Le rêve se finissait toujours de la même façon. Le Père de Warand regardait alors le vrai et le seul Warand et disait quelque chose comme « Trop avec elle, tu deviendras faible, pas assez, tu deviendras un monstre. ». Jusqu’ici, il avait toujours pris cela pour un choix, un dilemme qui vampirisait son âme, se débarrasser d’elle pour devenir invincible, ou la laisser diriger pour ne plus être le vrai Warand Stakka, devenir un bon souverain débonnaire et sentimental. Tout cela était en fait plus fin, Warand préférait naturellement son penchant monstrueux et invincible. Léandra préférait le bon Warand. Elle le tirait vers un équilibre tant que la puissance de Warand ne faiblissait pas. Généralement, son père disparaissait, les deux Warand se battaient. Alors que le Warand invincible allait tuer le bon Warand, Léandra retenait son bras, elle avait le regard non pas accusateur ou triste, elle semblait pleine de compassion. Le bon Warand se relevait. Léandra au milieu prenait une main à chacun des Warand et les faisaient se tenir la main, une lumière éblouissante aveuglait le vrai Warand et la plus part du temps, il se réveillait. C’est ce qui se produisit, comme une machine que l’on met en marche, il ouvrit les yeux et regarda sa femme, consciente. Il expira profondément. Elle avait repoussé ses couvertures. Un large bandage blanc recouvrait sa jambe. Elle semblait venir tout juste de reprendre conscience, elle semblait encore très comateuse. Warand aurait presque sourit. Cependant, le soulagement se lisait dans son regard sans équivoque. L’une de ses mains quitta celle de sa femme pour se poser sur son front. Appliquant une caresse descendent vers sa joue. On pouvait le dire, il venait d’avoir le peur de sa vie. A dire vrai, il avait eu peur réellement pour la première fois. Il ne savait pas trop quoi dire à sa femme. Leurs derniers rapports suite à l’incident du marché n’étaient pas au mieux. Néanmoins, avec un air faussement réprobateur et paternel qui traduisait plus de l’amusement, il entama le dialogue.

-Vous voyez, je vous l’avais bien dit.

Elle prendrait sans doute mal ce petit trait d’humour vu la situation. Elle devait avoir eu très peur également. Il pouvait le comprendre mais cela détendait l’atmosphère. Avant qu’elle n’ajoute quelque chose, sur un ton un peu plus grave et sérieux il ajouta en la tutoyant, ce qui était une marque de sincérité chez Warand dans la mesure où il parlait en oubliant ses propres codes de politesse.

-J’ai eu la peur de ma vie Léandra… J’ai cru que tu allais mourir, avant même de m’endormir je suppliais la Providence de ne pas t’enlever à moi.

Warand quitta sa chaise et s’agenouilla devant le lit de camp et posa sa tête sur le ventre de sa femme. Tourné du côté opposé à son visage, Léandra ne pouvait voir de lui que son immense crinière. Warand se prit à fermer les yeux, il se sentait bien. S’il avait été un chat, il aurait ronronné.

-Puisses-tu me pardonner de t’avoir abandonné à Par Volen, je n’avais pas le choix, c’était nécessaire, il fallait…Il fallait penser au début de la Guerre, je risquais d’être capturé si je prenais trop de temps. Il valait mieux que tu sois capturée seule que nous soyions prit tous les deux… Pardonne-moi…

Il avait besoin d’entendre ces mots. Plus que les sentiments pour Léandra qui naissaient et se concrétisait en lui, il avait failli à son devoir d’époux le plus élémentaire, protéger sa femme. Tiraillié entre son devoir vis-à-vis d’elle et vis-à-vis de Sheheron, il avait choisi Sheheron. Il ne regrettait pas ses actes, mais ils résultaient de sa propre faiblesse à être incapable de satisfaire les deux. Léandra avait peut-être fauté en ne l’écoutant pas depuis le départ, mais au final, il aurait dû être capable de la rattraper si elle trébuchait, comme il l’avait toujours fait. Chaque fois qu’elle entreprenait une chose, Warand agissait dans l’ombre pour qu’elle soit en sécurité, pour que rien ne lui arrive. Sa protection avait failli et l’odieux Cylas avait pu poser ses sales pattes sur elle. Pour cela, il payerait très cher. Plus que la mort, il lui infligerait la vie, la vie d’un vaincu. Et aux Raleigh, des termes de paix impitoyables une fois la guerre remportée. Il serait absolument intraitable, il sacrifierait autant de soldats que nécessaire avec une froideur effroyable, il venait déjà de réduire toute l’île hormis ses troupes à la famine et abandonne sa femme aux ennemis sans hésitation. Cylas se croyait le plus capable de tout ? Il ne connaissait pas Warand et surtout, en s’en prenant à sa femme, il venait de transformer un simple conflit d’égo et d’intelligence en une affaire personnelle. Aucune barrière morale ne serait assez puissante pour stopper la vengeance des Stakka. Warand finit par se relever. L’air beaucoup plus froid et sérieux. Le Warand habituel, après cette petite démonstration de tendresse qui signifiait pour lui un véritable épanchement, venait de reprendre le dessus. L’envie de vengeance irradiait de chacun de ses mots.

-Ne t’en fais pas pour les éclaireurs Raleigh, même s’ils localisent le camp, ce n’est pas grave. C’est justement ce que j’attends. J’ai affamé toute l’île, toutes les réserves de nourritures sont ici dans ce camp. Je compte forcer cette crapule de Cylas à sortir de Par Volen pour venir me dire en face que je ne suis pas le maître de cette île.

Il soupira un instant.

-Je dois tout savoir. Toutes les questions qu’il t’a posé, si tu as failli céder aux tortures ou aux pressions, quelles étaient ses questions et surtout…Comment as-tu pu t’enfuir ?

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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Sam 7 Juil - 8:45

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Dans un geste infini de douceur et de lenteur, Warand porta sa main jusque sur mon front, puis sur ma joue. Ce contact inattendu me fit frissonner, et je le regardais avec tendresse. Je ne savais pas comment les choses avaient été ici, en mon absence. J'imaginais qu'il avait du prendre des décisions, peut-être pas des décisions qu'il aurait aimé ne pas prendre en temps normal. Mais il avait du les faire, il fallait quelqu'un pour les faire, et il n'avait pas eu d'autre choix que d'être cette personne. Parfois, je ne pouvais m'empêcher d'admirer sa droiture d'esprit et son dévouement. C'était une personne bien, malgré tout ce qu'il en disait. Ses méthodes pouvaient sembler extrêmes, mais la plupart du temps elles étaient nécessaires. Au nom des ancêtres, pourquoi m'avait-il fallu tant de temps pour m'en rendre compte?

Warand reprit la parole pour m'informer qu'il avait eu raison depuis le début. Je soupirais, détournant finalement le regard. Oui, il avait eu raison. Et j'avais été bien sotte de ne pas l'écouter, je m'en rendais compte à présent. Mais que voulait-il que je lui réponde près tout? Je ne sentais pas d'animosité dans sa voix, simplement une pointe d'amusement. Sérieusement? C'était bien la première fois. Quelques mois auparavant, il aurait adoré me le rappeler encore et encore, rappeler les causes de cette invasion. Il reprit la parole. Il semblait avoir réellement craint pour ma vie. Cette attitude me toucha, je ne m'y attendais pour ainsi dire pas du tout. Sa dernière remarque me fit sourire, et je lui répondis. Je sais, je t'ai entendu. Enfin, j'avais entendu une espèce de voix, sans pour autant pouvoir comprendre ce qu'elle disait. Je sentis mon coeur faire un bon dans ma poitrine lorsqu'il posa sa tête sur mon ventre. Un peu surprise d'abord, je me laissais à glisser une main dans ses cheveux sombres. Il sembla ensuite se morfondre en excuses, et il me fallu un moment pour comprendre à quoi il faisait allusion. Je me rendis ensuite compte que je ne lui en voulais pas. Il n'était pas responsable, et dans mon attitude d'autopunition, j'avais finis par oublier ses éventuels tords. Il s'accrocha à moi, marmonnant de le pardonner, et je restais silencieuse pendant un moment, ne sachant pas quoi lui dire. Lorsque je trouvais enfin les mots, je les prononçai d'une voix tremblante. Il n'y a rien à pardonner. Tu as fait ce que tu devais faire, pour Sheheron. Je ne peux pas te blâmer. Je le comprends maintenant. Le tutoiement n'était pas habituel chez nous, mais à présent, il semblait... naturel.

Cet instant me réconforta, à la lumière des récents événements. Il était tout ce que j'avais pu espérer, et même plus. Warand ne se comportait pas comme d'habitude. Il me semblait qu'il avait laissé se fissurer son armure, sa forteresse, et qu'il me laissait entrer. Nous partagions beaucoup en ce moment, plus que nous ne l'avions jamais fait. J'en fus touchée, honorée, et considérablement soulagée. Il semblait en posture de devenir cet homme dont j'avais toujours rêvé. Cet homme qui existait en tant que facette de sa personnalité, j'en étais certaine. Au bout d'un instant de silence partagé, il se releva, me fixant droit dans les yeux, puis reprit la parole. Il me dit qu'il comptait sur le fait que les Raleigh nous localiseraient. S'ils le faisaient en tout cas, ce n'était qu'une question de temps avant le combat inévitable. Je sentais dans sa voix comme une excitation combative, vengeresse, destructrice. Sa dernière phrase me fit sourire malgré moi, et je lui répondais, regrettant que le contact entre nous n'ait pas duré plus longtemps. Cela ressemble à quelque chose que tu ferais en effet. Mon sourire s'effaça lorsqu'il reprit la parole. Il voulait que je lui raconte tout. Devais-je tout lui dire? Il n'allait pas aimer ce qu'il entendrait, c'était certain. JE laissais un moment de silence, puis je pris une inspiration, cherchant un endroit par où commencer. Quelques deux semaines s'étaient écoulées. Lui mentir ne servirait aucune cause. Pour le meilleur ou le pire, je devais tout lui révéler. Je me redressais du mieux que je pouvais pour m'asseoir sur le lit de fortune, puis je le regardais avant de commencer mon récit. Dès le moment où nous avons été séparés, Cylas m'avait gardé sous sa main. Je fus isolée, dans une maison près de Par Volen, avec deux gardes constamment sur mes pas. J'étais surveillée, pas assez pour que le peuple s'inquiète, mais suffisamment pour qu'ils me voient. Là dessus, Cylas avait fait fort. Je continuais en lui parlant des séances d'interrogation, baissant les yeux. Il me demandait sans cesse la même chose. Les dragons, où les trouver, comment les trouver, comment les contrôler. Je déglutis, prise de nausée. Il... Il vivait dans l'illusion que lui et moi partagerions le monde, une fois.. Une fois Sheheron anéantie. Il voulait me contrôler, pas me blesser. Même si les résultats avaient été mitigés. Je pris une inspiration, ne désirant pas m'attarder sur cet aspect déplaisant. Je levais les yeux vers mon époux. Et à chaque fois, je résistais. Sous les menaces, la faim, la solitude... Je ne savais pas encore comment j'avais fait d'ailleurs. J'arrivais enfin à ce jour là, où du moins le jour où j'étais arrivée. Il a fait venir un petit garçon, voyant que je ne coopérai pas. Il a menacé de lui trancher la gorge. Et il l'aurait fait, je l'ai lu dans son regard... Je baissais les yeux, presque honteuse d'avoir réagi pareillement. C'en était trop, je... Je lui ai dit que je lui dirai ce qu'il voulait s'avoir, s'il le laissait partir. Mais, je n'en ait pas eu le temps. Je me tournai vers lui, tentant de garder ma jambe immobile. Un dragon, Warand. Un dragon est apparu, me donnant une chance de m'échapper. J'ignore comment, j'ignore pourquoi, mais il m'a sauvé, détruisant une partie du camp Raleigh du même temps. Je savais que cette information l'intéresserait. A voir ce qu'il en ferait. C'est en m'échappant que je me suis fait tirer dessus, et me voilà.
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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Lun 23 Juil - 14:37

Soulagé d’avoir pu expulser le pu de cette blessure béante dans son âme, Warand se sentait mieux, plus léger. Il redevenait plus…Habituel. Léandra ne devait pas le distraire, il avait pu résister une fois à commettre un acte déraisonnable, il fallait que sa volonté continue de suivre. Depuis toujours, on apprenait à Warand que la volonté devait être domptée par l’intelligence et rien d’autre. Il avait fait sienne cette sage maxime. Toute inclinaison de la volonté mue par autre chose que la raison était dangereuse, Léandra le lui avait démontré cent fois, y compris durant ce conflit, il ne fallait pas perdre de vue qu’il était la tête et elle, le cœur. Par définition, Warand devait la contrôler, la canaliser afin qu’elle ne déraille pas. Il se sentait de par sa charge de mari, une fonction d’éducation de sa femme. D’abord parce que la gent féminine raisonne plus avec son cœur que son cerveau, c’était une habitude parfois porteuse d’avenir, de rêves réalisables et d’idéaux nobles que Warand respectaient. Le problème dans le cas de Léandra était que cela ressemblait plus à de l’aveuglement sur la vraie nature des gens. Lorsqu’elle affirma comprendre ce que Warand devait faire pour protéger cette île, il ne broncha pas. Elle ne comprenait toujours pas, mais Warand ne lui en voulait plus autant qu’avant. Ce qu’elle avait compris, c’était la souffrance que des gens comme Warand pouvaient faire endurer. Elle venait d’expérimenter pour la toute première fois de sa vie jusque dans sa chair ce qui se passait lorsqu’on était l’ennemi d’une personne ressemblant à Warand. Elle n’avait pas compris pour l’invasion, la guerre et tout ce qui s’en suivait. La preuve, face à Cylas, elle avait échoué dès qu’il était devenu sérieux. Seule la chance lui valait aujourd’hui de ne pas être brûlé par de stupides reptiles volants. Il demanda intérieurement pardon à la Providence d’insulter ainsi d’aussi nobles créatures. Pour Warand, cette guerre était perdue dans la mesure où les compétences de Léandra et de Warand n’auraient rien à voir avec la victoire, seule la chance venait de déterminer une possibilité d’en sortir vivant. D’une certaine façon, il volait cette victoire à Cylas et cela ne lui plaisait pas. Bien sûr il jouerait le jeu jusqu’au bout. Cela dit, il devrait admettre à ce misérable cloporte, une fois qu’il serait enchaîné et vaincu, qu’il avait mieux joué que lui. Tout cela l’énerva passablement, hurler sur la faiblesse de Léandra n’allait pas l’aider. Comment trouver les mots pour qu’elle voie le monde qu’il voyait réellement ? Il se triturait les méninges. Le problème, il le connaissait, sa femme n’était pas trop sensible ou trop sentimentale, elle avait un caractère bien trempé. Ce qui faisait de sa femme un boulet c’était la peur, elle était terrifiée de tout ce qui pouvait représenter une douleur. Certes, rester sans manger ne lui faisait rien, rester seule, pour son île, lui causait à peine une égratignure à l’âme. Mais dès que l’on passait à la vraie souffrance, elle capitulait. Voilà pourquoi Warand savait qu’elle ne le comprenait pas, qu’elle refusait de comprendre. Voilà ce qui l’énervait tant chez elle. Elle désirait jouer dans la cour des grands, avoir sa place au Conseil, calmer l’ogre affamé qu’était Warand et pourtant, elle n’avait pas saisi l’essence même de la politique et du pouvoir. Le pouvoir relevait d’une dimension à la fois sentimentale et funèbre. Sentimentale parce que le chef doit être aimé, il doit créer l’émotion pour que l’adhésion soit maximale. Ainsi, lorsque Warand évoquait les ancêtres dans ses discours, leur passé glorieux, il se positionnait dans un héritage que ses soldats aimaient. Au fond, il se moquait pas mal des ancêtres, peut être observaient-ils ? Peut-être que non. Seule la Providence faisait objet d’une dévotion sincère. Cependant, ses soldats n’auraient jamais compris les mystères de la Providence. Ses préceptes étaient trop purs pour la plus part de ses hommes. Un jour peut-être, pourrait-il répandre ce vrai culte sur l’île, mais l’heure n’y était pas. La dimension funèbre était encore plus importante dans le monde actuel. Le pouvoir était le pouvoir et parfois le devoir de semer la mort. Cette dimension du pouvoir terrifiait sa femme. Pourtant, n’avait-elle pas appris que la mort était un élément essentiel de la vie ? Oui. Mais elle était absolument incapable d’appliquer ce principe parce que sa compréhension de cet adage était viciée. Pour elle, seule la mort de vieillesse ou de causes naturelles entrait dans cette citation. Warand savait mieux que personne qu’il n’y avait aucune restriction dans les types de mort qu’elle comprenait. Warand, suite à la vision de sa femme la jambe en sang et inconsciente sur le sol en avait encore une fois fait la douloureuse expérience. Cependant, il avait été prête à la sacrifier pour Sheheron, il l’aurait tué lui-même si cela avait permis de sauver l’île. Il en aurait souffert toute sa vie, jusqu’à sa mort et même au-delà, cependant certaines choses doivent parfois être faites, même si elles sont déplaisantes. Surtout même si elles sont déplaisantes. Léandra devait le comprendre. Il ne fallait pas la brusquer, mais le sujet devait être mis au point immédiatement. Warand soupira et revint s’assoir prêt de sa femme. Il se frotta les yeux et regardait le sol. Il cherchait un peu ses mots, il fallait la ménager, mais pas trop.

-Léandra, si vous aviez dit un mot à cet homme, nous serions peut être tous morts à l’heure qu’il est. C’est ce que j’essaye de vous faire comprendre à vous et au prince Markus depuis le début de cette escapade… Tout le monde n’est pas moi Léandra. Nous sommes dans le même camp, je ne vous veux aucun mal ni à Sheheron. Mais dehors, il y a des gens aussi intelligent et prêt à tout que moi, même probablement davantage. Ils ne vous connaissent pas, ils veulent ce que vous possédez, ils ne vous voient pas comme un être humain, ils vous voient comme un moyen. Je le sais car j’ai été comme eux. Ils seront prêt à tout pour vous faire plier.

Il marqua une pause. Ces arguments, elle les connaissait par cœur, Warand les lui avait asséné des dizaines de fois sur un ton autrement plus impérieux que celui qu’il prenait actuellement. Cela dit, il n’avait jamais pensé à dire à sa femme précisément ce qu’il avait sur le cœur à ce propos. En fait, c’était bien sa tête qui parlait, mais combinée à la tristesse de ceux qui connaissent la guerre et l’essence réelle du pouvoir. La tristesse de ceux qui savent forcément qu’ils vont donner la mort et que cela n’enchante pas plus que cela.

-Bien sûr qu’il aurait tué cet enfant. C’est là qu’est toute la ruse Léandra. Il voulait vous faire céder, il savait que vous ne céderiez à rien tant que le supplice touchait votre corps. Il a donc attaqué votre point faible, votre peur la plus terrible mais aussi la plus visible pour les gens comme lui ou moi : Vous êtes terrifiée par la Mort. L’idée que quelqu’un puisse mourir vous paralyse d’effroi. C’est la source de tous vos échecs et de celui-ci particulièrement. Vous devez essayer de le comprendre impérativement : des gens vont mourir. Ce soir, demain, dans six mois, dans dix ans, chaque seconde qui passe est certes une vie qui nait mais aussi une qui s’éteint. Vous pensez que vous attachez une valeur à la vie en agissant ainsi mais c’est le contraire que vous faites. J’ai respecté chaque vie que j’ai prise. Chacune d’elle avait un but, une raison. Je n’ai jamais tué pour satisfaire mes pulsions ni mes envies. J’ai prié pour chaque âme que j’ai renvoyée dans l’au-delà. Je ne méprise pas la vie, je ne connais que trop bien sa valeur. Mais je sais que nous mourrons tous

Il reprit son souffle.

-Cet enfant aurait dû mourir Léandra. Refuser cela, c’est nier ce pourquoi vous vous battez, ce pourquoi vous êtes aujourd’hui dans ce camp et en vie. Vous n’êtes pas seule ici, il y a moi, il y a votre sœur, il y a le Prince, il y a ses parents, et tous mes soldats. Je sais que c’est la responsabilité d’une mort sur la conscience qui vous ronge, mais c’est l’homme qui porte le couteau qui doit porter la charge du meurtre, pas vous. Toute l’illusion repose sur le fait qu’il vous fait passer pour le responsable. C’est du chantage de bas étage.

Il finit par se lever, l’air cette fois-ci plus grave. Ses paroles semblaient lui arracher un spasme de douleur à chaque syllabe. En tout cas, celles qu’il allait prononcer. Il semblait malgré tout calme et serein.

-Il est maintenant certain que vous possédez des secrets d’une ampleur que j’avais sous-estimée. Des secrets capables de tous nous détruire Léandra. Aussi, maintenant que j’ai mis avec vous au clair à propos de vos erreurs, je me dois d’être franc avec vous. J’ai découvert une partie de mon âme il y a quelque minute, vous êtes allée plus loin en moi que personne auparavant. Vous connaissez ma détermination. Ecoutez bien ce que je vais dire : Si jamais vous échouez une fois encore dans votre mission de Gardienne, malgré la douleur et la cicatrice que j’en garderais, je vous réduirais au silence…Définitivement.

Même si sa femme éprouvait du remord, il savait qu’elle protesterait face à cette menace de mort explicite. D’un geste, il lui fit comprendre qu’il valait mieux ne pas répondre ni tenter de débattre. Il ne s’énervait pas, du moins il essayait.

-Ce n’est pas une discussion. Je ne cherche pas à discuter de mes actes avec vous. J’expose un fait. Je n’exige rien des autres que je n’exige pour moi-même. Si ma mort devait être bénéfique à l’île, je me planterais cette épée dans le cœur dans la seconde. J’estime qu’il doit en être de même pour vous. Si dix mille enfants était menacés devant moi pour me faire céder, je les laisserais mourir sans hésiter. J’estime qu’il doit en être de même pour vous. Le monde a changé, nos petits états d’âmes ne sont plus de mise. Cette guerre en est la preuve. Soit vous faites votre devoir avec tout ce que cela comporte comme obligation, soit je ferais le mien avec tout ce que m’apportera comme larmes.

Il savait que cela allait jeter un froid dans leurs retrouvailles, mais c’était nécessaire. Il regrettait d’avoir à dire des choses qui le terrifiaient lui-même. D’ailleurs, il ne savait plus du tout où se mettre. Il ne regretta pas, l’affection qu’il portait à Léandra était sans objet si il n’était pas dirigé par un code de conduite exigeant. Il était prêt à mourir pour elle, c’était certain, mais ce même code de conduite le faisait placer Sheheron avant tout. Il devait faire un effort surhumain pour oser avouer en face ce qu’il pensait à sa propre femme. Il ne savait pas trop comment elle le prendrait. Elle allait probablement le détester, pleurer et se demander silencieusement sur quel malade elle était tombée. Peut-être était-ce trop radical ? Non, son intelligence le savait, elle savait bien que c’était la seule façon de faire comprendre à Léandra que Warand devait pouvoir lui faire confiance. Il avait cru en elle de façon illusoire. Elle l’avait déçu, mais cela il ne le montrait pas. De toute façon elle devait savoir et le reste n’avait pas d’importance. Il savait ce qu’il ressentait pour elle. Elle le savait aussi depuis quelques minutes. Elle savait donc la douleur que cela pouvait lui causer de parler ainsi. En vertu de tous ses efforts pour le cacher, sa gêne vis-à-vis d’elle emplissait toute la tente. Peut-être pensait-elle au bluff ? Non, elle savait bien que ce n’était pas son genre de plaisanter. Il se sentait idiot de lui avoir dit la vérité sur ses intentions si elle se révélait incapable d’assumer son rôle. Cela dit, elle ne pouvait pas juste continuer à faire la maline avec ses petits problèmes moraux sans objet quand elle possédait dans le crâne de quoi tous les tuer. Il fallait qu’elle comprenne son importance dans cette bataille. La perspective que Warand lui-même soit prêt à se résoudre à cet ultime sacrifice après ce qu’il venait de dévoiler devait l’aider à le voir. Il revint s’asseoir à nouveau prêt de sa femme. Il semblait vraiment perturbé par ses propres paroles.

-Je sais que ce n’est pas ce que vous imaginiez entendre. Vous devez vous dire « A peine suis-je sorti des griffes de la mort qu’il me menace de m’y replonger ». J’aurais voulu vous dire simplement que j’étais heureux de vous voir vivante et saine et sauve. Je le suis. J’aurais voulu pouvoir vous dire qu’à présent tout allait bien se passer, que les choses allaient pouvoir être un peu mieux parce que j’assumais enfin en face de vous que j’avais besoin de votre présence à mes côtés. J’aurais voulu enjoliver les choses, « faire comme si » tout cela ne s’était pas passé. Nous aurions été plus heureux quelques jours, peut-être quelques semaines… Cela dit, les faits sont têtus et la réalité frappe encore plus fort ceux qui la nient. Les cadavres nous auraient rappelés à notre devoir. Des gens croient en moi, en vous et je…

Au fur et à mesure qu’il parlait, l’adrénaline montait de façon anormale. On aurait pu danser une salsa sur son rythme cardiaque. L’aveu était clair : tout cela le terrifiait. Pas seulement la guerre ou le pouvoir. Ce qui le terrifiait était qu’avec sa femme, il devait porter le poids d’un monde sur les épaules. Il était confus. Son esprit habituellement si cohérent et ordonné peinait à furmuler ses phrases. Sur un coup de tête, le premier depuis presque deux décennies, il s’approcha de sa femme et vint capturer ses lèvres. Le stress, la pression du pouvoir, le fait que cette guerre était incertaine, la défaillance de sa femme et ses récentes prises de conscience sentimentales…C’était trop d’un coup, même pour quelqu’un comme Warand Grégor Stakka.

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MessageSujet: Re: n'oublies pas de regarder vers l'horizon ft. Warand Stakka   Lun 30 Juil - 16:22

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Je savais que le récit des événements ne lui plairait pas, que quelque part, en lui, quelque chose lui soufflerait que ce qui se cachait derrière cet événement était ma faiblesse, celle de voir d’autres souffrir à ma place. Même s’il le savait, même si selon moi il l’avait toujours senti, un nouvel événement concernant toute l’île et sa sécurité directe le lui rappellerait, à la manière d’une douleur lancinante qui ne disparaissait jamais complètement. Et que faisait-il lorsqu’il souffrait ? Il disparaissait, le Warand qui se tenait à mes côtés à mon réveil, il disparaissait, et laissait le deuxième revenir, plus dur, plus déterminé. Mais ce Warand là connaissait du succès, à la fois sur le champ de bataille, mais aussi avec sa femme. Et sa femme, à ce Warand là, avait beau essayer de se battre pour ce qu’elle croyait, ce Warand-là finissait toujours par lui rappeler la réalité, avec des mots aussi forts et blessants qu’ils étaient choisis et vrais. Et sa femme, à ce Warand-là, essayait de le changer, de lui faire comprendre comment elle voyait les choses. Elle essayait de lui montrer qu’il n’y avait pas que politique et force, mais aussi d’autres valeurs, et que rien, ô grand jamais, rien n’était tout blanc ou tout noir. Mais ce Warand-là était conforté dans ses habitudes, dans les seules choses qu’il connaissait. Insuffler la terreur, forcer l’obéissance et le respect grâce à cette technique. L’inconnu l’effrayait autant que la perspective d’une défaite, et c’est pourquoi il restait confortablement dans ses habitudes, refusant par son masque de glace que quiconque ne pénètre trop profondément en lui, pour ne pas y risquer de découvrir des choses. Et il avait réussi. Pendant une vingtaine d’années. Personne ou presque ne s’était opposé à lui, il était confortablement resté assis sur son trône de pouvoir, contemplant d’un œil attentif le reste du monde. Et puis, ce Warand-là, avait été marié à sa femme, et depuis cet instant, cela n’avait cessé d’être une remise en question, une explication puérile. Ce Warand-là pensait-il qu’il avait un devoir d’éducation envers sa femme ? Ce Warand-là pensait-il détenir la clef du monde, comprendre son axe de révolution, et voulait-il le faire comprendre à sa femme ? Peu importe ce qu’il lui disait, sa femme n’était pas d’un caractère tendre. S’il était obstiné, elle se montrait têtue, s’il était menaçant, elle devenait acide. Mais tout cela n’était que des paroles en l’air n’est-ce pas ? Quand bien même elle le maudissait, de tout son cœur, de toute son âme, pour ses actes d’une infinie violence, elle ne le quittait pas. Quand bien même elle le décevait, une fois après l’autre, quand bien même elle laissait entendre qu’elle ne se laisserait pas dompter, il ne la fuyait pas. Les contraires s’attirent et s’accolent autant que la lune fuit le soleil. L’un n’existe pas sans l’autre.

On pourrait penser à un conte raconté aux enfants, mais malheureusement, c’était bien la vraie vie, et ce que je vivais en ce moment. Warand était clair dans ses paroles. Et elles faisaient d’autant plus mal qu’elles étaient vraies. Si les dragons n’étaient pas arrivés à temps, lui aurais-je tout dit ? Aurais-je préféré trahir tout ce en quoi je croyais, tout ce pour quoi ma mère m’avait formé, pour sauver la vie d’un garçon qui serait mort un jour ou l’autre ? Non, ma mère ne m’avait pas formé à tout cela. Cela faisait partie de l’apprentissage d’une jeune fille à une femme, d’une femme à une épouse. Les jeux de pouvoirs m’étaient encore trop distants, je n’avais pas grandi baignée dans cette atmosphère. Les ancêtres me protègent, ma mère m’en avait tenue éloignée. Warand semblait si familier avec tout ceci que cela m’effraya un moment. M’étais-je complètement trompée sur son compte ? Il s’était levé, et il arpentait la pièce, visiblement peu enclin à l’idée de devoir me sermonner une fois de plus. Je n’appréciais pas qu’il se comporte comme ça avec moi, comme si je n’étais qu’une gamine à ses yeux, presque aussi important qu’un volet qui claque dans le vent. Une gamine qui doit écouter ce qu’on lui dit, être disciplinée. Ou bien l’étais-je ? Je n’avais pas cette certitude tranchante qui le bâtissait. Lentement, je sentais la colère monter en moi, faisant vibrer chaque muscle de mon corps. La vague réveilla la douleur dans le muscle de ma cuisse, et je m’accordais une grimace tandis que Warand avait le dos tourné. Entendre Warand mentionner Markus me fit l’effet d’une bombe. Markus ! Ainsi, il m’avait écouté, il était arrivé jusqu’au camp, il l’avait construit avec Warand, ils avaient réussi à mettre leurs différends de côté. Devais-je révéler à mon mari qu’il était venu me voir, dans l’espoir de me ramener ? Cette nuit restait fraiche dans ma mémoire, si fraiche et pourtant si ardente, comme le baiser qu’il m’avait donné. Ma joue en restait électrique après tant de temps. Il m’avait dit de me battre, de rester en vie. Et Warand me conseillerait le contraire, j’en étais persuadée. Comment se pouvait-il que je me trouve entourée de deux personnes si diamétralement opposées ? Et surtout, de qui voulais-je tenir le plus ? Car j’allais changer, je le sentais, et j’allais devoir décider vers qui je voulais évoluer.

Ainsi en laissant mourir quelqu’un pour sa cause, l’on n’est pas responsable ? Le seul qui devrait se blâmer était celui qui portait le coup fatal. Cette conception m’étonna, et déjà je m’insurgeais. Néanmoins, ma lassitude reprit le dessus, ainsi que ses paroles me revinrent en mémoire, et donc je gardais le silence. Il parlait de tout cela avec un naturel inouï, comme si c’étaient des choses connues. Les dragons en revanche, lui avaient fait plus d’effet. Il semblait s’en vouloir d’avoir sous-estimé mes connaissances, et d’une certaine façon, son malaise me soulagea. Ainsi j’avais encore des choses à lui apprendre. Il confia que j’étais la seule à être allée aussi loin en lui, et j’avouais avoir du mal à décoder son message. Chose qu’il fit pour moi. Si je désobéissais une nouvelle fois, il aurait ma peau. Je crois que l’ancienne moi se serait révoltée, mais je n’en fis rien. Inconfortable tout à coup, je bougeais, sentant la colère et le désespoir me gagner. Il sembla le voir et leva une main pour m’empêcher de riposter quoi que ce soit. Je lui aurais bien dit qu’il n’avait aucun pouvoir sur moi, mais c’était faux. Une seule âme, un seul cœur, un seul être. N’était-ce pas ce que l’on répétait l’un après l’autre pour se marier ? La nausée me gagna mais je restais impassible, tentant de déceler quelque chose dans son regard qui me confirmerait qu’il bluffait. Oserait-il réellement me faire du mal ? Se figurait-il que c’était son devoir de mari ? Il devait me protéger, pas me tuer ! Instantanément, je me souvins de tous ces moments où seule, dans ma cellule dorée, je pensais à lui, imaginant nos retrouvailles. Mon esprit m’avait joué des tours cruels. Je n’avais jamais été aussi seule que maintenant. Warand mettait en avant son devoir face à l’île par rapport à devoir matrimonial. Pouvais-je réellement lui en vouloir ? J’avais échappé des griffes d’un loup pour me retrouver dans celles d’un loup plus dangereux encore.

Le ferait-il réellement ? Le moment fatidique, pourrait-il lever son épée, en dépit de tout ce que nous avions vécu, en dépit des souvenirs que nous partagions ? Rien n’était certain, mais la froideur de sa voix, la détermination de son regard me faisait froid dans le dos. Il le ferait, même si cela le peinait. J’étais presque déçue de signifier aussi peu pour lui. Et puis je me souvenais qu’il était un seigneur de guerre, un guerrier, avant tout. Un guerrier, puis un mari. Le devoir le plus important était alors celui de la communauté, et aucune nuance ne devait l’empêcher de le voir. Pas même une nuance du nom de Leandra Paragon. Surtout pas une nuance du nom de Leandra Paragon. Se succédèrent successivement le dégoût, la colère, la déception, et enfin une certaine sorte de compréhension. Il faisait simplement ce que je n’étais pas capable de faire. Pouvais-je l’en blâmer ? La solution paraissait radicale, mais c’était comme il était, droit dans ses convictions, inflexible, déterminé. Il mourrait pour protéger l’île, il mourrait dans toutes les conditions imaginables si cela pouvait servir sa cause. Personnellement, je trouvais que la mort avait un côté définitif au contraire de la vie. Et pour moi, la meilleure façon de servir Sheheron était de rester en vie. Dans la terre, il n’y a plus grand-chose de faisable pour son île. Mort en accomplissant son devoir ou non.

Après avoir cherché son regard, je me contentais de baisser les yeux, joignant mes doigts de façon anxieuse. Je m’appuyais cotre le tissu de la tente, ruminant ses quelques mots. Finalement, il revint s’asseoir à mes côtés, mais déjà, nous nous étions éloignés, surtout à cause des mots durs qu’il avait eu l’occasion de prononcer. Il prit la parole à nouveau, mais d’une voix plus tremblante, moins sûre, plus regrettée. Doucement je levais les yeux vers lui, avant de voir qu’il avait changé d’objectif. Réaliste, il l’avait toujours été, mais il essayait de me persuader pourquoi ses paroles ô combien dures à entendre, étaient vraies. Il ne m’avait pas menti, il ne l’avait jamais fait, et pour cela je ne pouvais pas le blâmer. Il avait cependant toujours exposé les choses avec beaucoup de franchise, de façon déterminée et inflexible. Là, il semblait aller vers l’inconnu, il était vibrant, hésitant. Malgré tout ce qu’il venait de me dire, mon coeur s’échauffa lorsqu’il confia qu’il était heureux de mon retour saine et sauve, qu’il n’avait pas souhaité que je sois blessé. Malgré tout, j’étais comme attirée vers lui, et je savais que ce n’était qu’un discours parmi tant d’autres, même si j’avais la sensation qu’il était différent. Malgré tout, j’avais la curieuse sensation inexplicable qu’alors qu’il faisait tout pour s’éloigner de moi, le retour au vouvoiement étant le premier signe, il ne faisait que me donner envie de me rapprocher encore plus. Peut-être qu’il aurait été plus facile que je le haïsse, que je le maudisse, mais je ne pouvais pas m’y résoudre, comme si, comme si ce n’était pas la juste chose à faire. Je hochais doucement la tête, entendant bien ses paroles. Un autre mari aurait sans doute enjolivé la situation, préférant me rassurer plutôt que de m’exposer la vérité brute. Et quelque part, Warand était alors plus aimant et préoccupé que quiconque, car jamais il ne me mentirait. Mon cœur se gonfla à cette pensée, je croisais son regard, et brusquement, il cessa de parler. Cela ne lui ressemblait pas. Quelque chose se passait véritablement en lui, mais je ne savais quoi dire. Etait-ce parce ques je m’étais trop aventurée en lui, le changeant à jamais ? Etait-ce ma faute une nouvelle fois ? Brusquement, comme à chaque fois qu’il faisait quelque chose, de façon inattendue aussi, il se pencha vers moi et posa ses lèvres sur les miennes.

Le baiser me fit l’effet d’une douche froide, si imprévisible et électrique que j’en eus le souffle coupé. C’était la première chose que nous partagions de façon non formelle, d’une façon plus intime que tout le reste qu’impliquait notre mariage. Avais-je seulement le bon sens de voir tout ce qu’il s’efforçait de faire pour moi ? Je n’en avais qu’une idée essoufflée, mutilée sans doute. Je me surpris à lui rendre son baiser avec ardeur, passant une main dans sa nuque, me laissant bercer par les battements de son cœur, son parfum musqué. La situation prit une autre tournure encore plus irréelle. Pendant un instant, j’étais prête à embrasser avec joie tout le futur qu’elle impliquait. Et brusquement, comme un obstacle qui jamais ne s’évanouirait, s’imposèrent à moi toutes nos différences, nos disputes, nos désaccords. Nous étions trop différents. Car comme la lune va de paire avec le soleil, jamais l’un ne peut briller avec l’autre à côté, jamais les deux ne peuvent briller ensemble, tel un. Nous avions un lien, profond, qui paraissait fébrile mais qui était en fait plus fort que tout. Nous étions de parfaits opposés, c’est ce qui faisait que nous étions attirés l’un par l’autre sans vraiment le concevoir. C’est aussi ce qui créait nos échanges passionnés. Et c’est ce qui me fit rompre le baiser. Je baissais les yeux, ma main descendant jusqu’à son torse. A être ensemble, nous condamnions nos personnalités propres, nous nous annihilions mutuellement. Comment faire dès lors pour concilier notre mariage et nos responsabilités ? Le pouvions-nous seulement ? Une infinie tristesse m’envahit brusquement, mais je n’allais pas pleurer, je n’allais pas désespérer. C’était ce qui était, je n’y pouvais rien. Comme beaucoup d’autres choses. Je pris conscience que je devrais lui dire quelque chose, mais rien ne me venait en tête. Lorsque je trouvais le courage de le regarder à nouveau, il m’attira comme un aimant, et nous scellions nos lèvres à nouveau.

Que pouvais-je lui dire qui aurait plus de signification que cela ? A chaque fois que j’ouvrais la bouche, les mots qui en sortaient ne lui plaisaient pas. Ils étaient trop naïfs, trop à côté, trop vides, trop quelque chose. Ne serait-il pas plus simple de nous détester ? Pourquoi devais-je sentir une sorte de sympathie envers lui ? Pourquoi devais-je me laisser avoir par un charme que j’étais la seule à lui trouver ? Nous ne vivions pas dans un conte de fées, et l’issue de tout ceci ne promettait pas d’être heureuse. Et là encore, que pouvais-je lui promettre ? Devais-je lui dire que j’essayerai de changer ? C’était une promesse en l’air, je ne savais pas même si j’en étais capable. Il le flairerait immédiatement. Devais-je lui dire qu’il ferait ce qu’il voudrait si cela signifiait faire le meilleur pour l’île ? Et puis une réponse me vint, reflétant ma pensée. Me détachant de ses lèvres, je m’écartai simplement de lui, imposant une nouvelle distance qui fit bondir mon cœur. Je lui répondis simplement, le pensant plus que tout au monde. « Au moins je mourrai sachant que Sheheron est entre de bonnes mains. » C’était ce que je pensais, c’était la seule chose que j’avais eu la force de dire. J’aurais aimé entretenir la conversation, et vraiment, parler avec lui de la curieuse sensation qui m’habitait lorsque j’étais avec lui. Mais je ne savais pas par où commencer, et aucune conversation ne menait à rien avec nous deux. Aussi je gardais le silence, presque un peu gênée. La douleur de ma jambe blessée me montait à la tête à nouveau, et je regardais à ma droite, sur un petit meuble, où se trouvait la potion médicinale. Je me translatais un peu, levant la main en essayant d’atteindre la petite fiole. Sans succès. Encore une chose hors de ma portée. La colère m’envahit brusquement lorsque je m’aperçus que je faisais perdre son temps à tous. J’abaissais ma main brusquement, puis je lâchais, sans contrôle aucun. « Par les ancêtres, je suis inutile dans cet état ! Je déteste être comme ça. Je devrais être debout, à aider pour la guerre, participer. A la place je suis incapable même de me soigner. »
© Belzébuth

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